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Le jeu du batteur, la puissance vs le volume : entretien avec Sébastien Tanquart

Suite au billet sur le volume des guitaristes , j’ai reçu de nombreux commentaires et questions à propos du jeu et du volume des batteurs.

Afin d’y répondre, je vous propose un entretien avec Sébastien Tanquart, spécialiste de la question, musicien-batteur et accompagnateur-conseil.

Il est également intervenu comme formateur sur le stage de formation d’accompagnateur-conseil dont j’ai assuré la coordination pédagogique pendant cinq ans pour l’école Atla.

Nous avons parlé batterie, jeu du batteur, différence entre volume et énergie, utilisation de bouchons…

Karim : Peux-tu nous résumer ton parcours ?

Sébastien :  J’ai commencé mon apprentissage en autodidacte avant de me tourner vers le conservatoire, puis en apprenant la musique sur le terrain, ou plutôt les musiques. Du jazz au métal, en passant par des groupes de reggae, de pop et de rock.                                                    Des enregistrements d’albums et des centaines de concerts.

En parallèle j’ai commencé à enseigner puis j’ai rejoint l’équipe d’accompagnement de Fleury Goutte d’Or, où j’ai accompagné une centaine de groupes depuis 2010.

 

Karim : Que faut-il savoir sur la batterie ?

Sébastien :  Il y a quelques spécificités liées à cet instrument qu’il me semble important de connaître, que l’on soit batteur et-ou accompagnateur-conseil :

La batterie est un des rares instruments qui regroupe toutes les fréquences du spectre. C’est une des raisons pour laquelle on construit la balance à partir de la batterie.

C’est elle qui donne toute la dynamique.En modifiant juste le jeu du hi-hat (charley), le batteur peut faire entendre l’évolution de la structure du titre, sans que les autres musiciens n’aient à changer leur jeu.

La projection du son se fait vers l’avant. Donc celui qui entend le moins bien la batterie… c’est le batteur !

Le batteur joue assis et ne peut pas se déplacer. Il faut donc être particulièrement vigilant à ce que les points de diffusion des amplis ne soient pas orientés vers lui. Sinon, il jouera plus fort pour s’entendre. (on en parle ici).

Instrument primordial dans l’équilibre du son du groupe, c’est la base de toute la pression acoustique sur le plateau ou en répétition. Le batteur n’a pas de bouton de volume et c’est donc à partir de son volume que va se construire la balance du groupe. Si le batteur joue fort tout le groupe joue fort…

 

K : Justement , comment aborder cette question du volume ?

S : C’est un problème récurrent pour beaucoup de groupes.                                                            Mais c’est aussi toute l’énergie que génère cet instrument qui fait le bonheur d’être batteur ! Cependant une batterie jouée trop fort est souvent une catastrophe pour la musique.

Il faut bien comprendre que le batteur joue l’instrument le plus important et qu’il a donc une lourde responsabilité dans le volume et dans le son du groupe.

Il ne doit pas confondre le volume et la puissance.

 

K : Peux-tu préciser la différence entre volume et puissance ?

S : Elle réside dans les fréquences.                                                                                                             Il n’y a que dans les fréquences basses que l’on trouve la puissance, le volume n’est qu’une question d’intensité du son.

J’aime utiliser l’exemple du rapport entre une crash et la grosse caisse jouées ensemble :

En jouant une crash toujours de la même façon, en augmentant la frappe de la grosse caisse on à l’impression que la crash devient plus forte, plus puissante alors que son volume n’a pas changé. C’est le volume de la grosse caisse qui, en augmentant, donne la puissance à la crash.

Souvent les batteurs qui  jouent fort et sans nuances  ne sentent pas la différence entre la puissance, le niveau sonore et la dynamique du son.

J’utilise un exercice pour illustrer qu’il est possible de souligner toute la structure d’un titre avec un seul pattern, sans aucun passage de toms ou roulement de caisse claire :

  • Intro : rythmique avec hi-hat légèrement ouvert.
  • Première grille : même rythmique en fermant le Hi-hat, c’est le couplet.
  • Sur la dernière mesure du couplet, ouvrir progressivement le hi-hat pour retrouver quasiment l’ouverture de l’intro. Ce qui nous donne une transition pour arriver sur le refrain.
  • Refrain : même ouverture de hi-hatPont : même rythmique et même hi-hat mais sans grosse caisse.
  • Deux derniers refrains : comme le premier mais avec passage sur la ride pour le dernier.

Cet exercice permet de faire prendre conscience au batteur qu’il suffit qu’il change son le jeu de hi-hat pour faire sentir des différences de dynamique.                                                            Le tout avec une seule et même rythmique de bout en bout !

 

K : C’est donc un travail sur la dynamique du son ?

S :  Oui, pour moi en musique, la question primordiale c’est la dynamique.                                      Il n’y a pas de différence entre le fort et le très fort.

Je pense la musique comme une discussion. Discussion entre les musiciens et le public.              Et dans une discussion, si quelqu’un parle fort constamment on ne l’écoute plus.

Et puis, il y a tellement de possibilités entre le bas volume, le volume « normal » et le volume fort. Il faut amener le batteur à ressentir la dynamique qu’il va créer en passant d’un volume à un autre.

Généralement, un batteur qui joue fort masque par le volume des problèmes de son, d’accordage, de bruits parasites. Et ces problèmes vont apparaître dès qu’il va jouer moins fort.

Aujourd’hui avec les progrès du matériel de prise de son et de diffusion il n’y a plus besoin de jouer fort, comme pouvait le faire un John Bonham, pour avoir ce son unique.

Si un batteur veut mettre de la puissance dans sa musique, c’est le couple basse/grosse caisse qui va générer cette puissance. Et non pas la caisse claire, et encore moins les cymbales.

 

K : A ce propos, j’ai remarqué que souvent, ce n’est pas la batterie qui est trop fort mais juste la caisse claire, alors que la grosse caisse pourrait être jouée plus fort.

S :  Oui c’est vrai et c’est de plus en plus fréquent.

C’est en partie dû à l’utilisation des batteries électroniques jouées en appartement.                      Pour éviter de déranger les voisins avec les vibrations les batteurs jouent avec des sensibilités élevées pour avoir tout de suite la réponse du kick dans le casque.

Ce qui amène à un déséquilibre entre les mains et les pieds chez de plus en plus de batteurs.

Une seule solution, travailler sur une batterie acoustique et se concentrer sur la sensation entre le hi-hat, la caisse claire et la grosse caisse. Travailler l’équilibre et la régularité du son entre ces trois instruments.

Dans les « musiques actuelles » la grosse caisse n’est jamais sous-mixée par rapport à la caisse claire donc il est souhaitable de rééquilibrer le niveau de grosse caisse avec la caisse claire. Sauf arrangement spécifique évidemment.

 

K : Conseilles-tu de jouer avec des bouchons ?

S :  Oui, si un Orl a diagnostiqué un problème, comme une hyperacousie.                                     Oui, pour le travail sur l’instrument en solo, car parfois on passe des heures derrière la batterie et avec la répétition d’exercices il y a des augmentations de volume.

Donc oui il faut se protéger dans ces cas-là.

Pour autant, à partir du moment où tout le monde se règle correctement dans un volume raisonnable je ne vois pas pourquoi on devrait se protéger pour jouer de la musique. En dessous de 100db nos oreilles tiennent le choc pendant plusieurs dizaines de minutes.

Surtout, je déconseille de porter des bouchons au moment de la balance. En effet, il me semble primordial de pouvoir juger de la qualité du son, de l’accordage et de l’absence de bruits parasites.

Et si vraiment un musicien veut se protéger je lui conseille d’investir dans des bouchons sur mesure avec une atténuation à moins 9db.                                                                                                C’est délirant d’avoir des bouchons avec des atténuations à moins 15 ou moins 20dB pour jouer de la musique !

Une précision, je me protège tout le temps quand j’assiste à un concert, car je ne suis pas maitre du son que je vais recevoir.

 

K : Un batteur qui retire ses bouchons joue moins fort mais, souvent, il va se plaindre de ne pas retrouver ses sensations physiques, que lui dire ?

S :  La sensation physique est capitale pour un batteur.                                                                      Un léger changement dans la pression des orteils change le son du hi-hat et donc la couleur du morceau… Et oui !

Le vrai problème du batteur qui joue avec des bouchons c’est qu’il ne joue plus la musique avec ses oreilles mais avec les vibrations ressenties dans son corps.

En enlevant ses bouchons il va trouver l’instrument agressif et être déstabilisé par un manque de fréquence basse. Car les bouchons rajoutent du grave de façon artificielle.

Ensuite il y a la sensation dans les mains et dans les bras.                                                                     Il est fréquent qu’un batteur qui joue avec des bouchons joue la caisse claire avec un rimshot systématique (en tapant le cercle en métal et la peau en même temps).

Ça lui donne une sensation physique très forte et un sentiment d’avoir un effet de « production » de son son de caisse claire.                                                                                                                         Mais souvent, c’est juste parce qu’il n’a pas travaillé son son de caisse claire, alors il utilise cet effet par facilité.                                                                                                                                              Et sans bouchon ce son est très violent et difficile à maitriser avec une frappe modérée.

Il faut donc repartir de la base, l’accordage de la caisse claire qui doit avoir une note et un son dès le bas volume.

 

K : Quel conseil pour un batteur qui joue avec des séquences et-ou un click au casque ? Quel type de casque ?

S :       Je conseille les casques intra-auriculaires, afin de pouvoir dégager une oreille. Celle qui n’est pas face au hi-hat (casque sur l’oreille gauche pour les droitiers ou oreille droite pour les gauchers).

L’important quand on joue au click ou avec des boucles, c’est de continuer à ressentir et entendre ce qu’il se passe dans la pièce. Vivre le même « mouvement d’air » que les autres musiciens.

Sinon il y a un risque de jouer dans une bulle avec un niveau sonore pas en rapport avec les autres musiciens. Et au niveau de l’interprétation c’est souvent une catastrophe…

 

K : Quelque chose à ajouter ?

S : Oui, un dernier mot sur l’attitude, notamment des batteurs américains, qui jouent avec des amplitudes physiques incroyables.                                                                                                            Ce qui donne l’impression que les mecs jouent ultra fort.

En fait, de l’autre côté de l’Atlantique il y a un véritable travail sur le twirling et sur la gestuelle qui vient des fanfares.

Mais c’est juste pour le show et quand on y regarde de plus près, la technique du mouvement de « coup de fouet » de la baguette dans la main est souvent parfaite.                                             Les mouvements de bras sont là pour faire joli…

Et pour conclure, j’attache une grande importance au travail de la balance.

Ce n’est pas uniquement l’instant où l’on règle les amplis et la sono.                                              C’est aussi le moment où le groupe travaille son identité sonore.                                                      La balance permet de travailler l’équilibre des fréquences entre les instruments.

D’abord entre la grosse caisse et la basse, les fréquences les plus graves. Puis entre la caisse claire et les guitares et claviers.                                                                                                             C’est sur cet équilibre que l’on place la voix.

Généralement lorsque le groupe a une bonne balance et conscience de ces différents équilibres, le volume du batteur diminue.

 

K : D’ailleurs on en parle ici, merci Seb !

Ce blog se veut être un espace d’échange et de partage.                                                                    Vous êtes accompagnateur-conseil, batteur, coach, ou autre ? Commentez, questionnez, partagez votre expérience ci-dessous…

Retrouvez Seb avec son groupe Pink Noise Party

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